Pavlo Kot

Bitcoin vs IA : qui remportera la course à l’électricité ?

Bitcoin vs IA : qui remportera la course à l’électricité ?
Bitcoin et l’IA se disputent la puissance mondiale

​Le Bitcoin et l’intelligence artificielle sont devenus deux des phénomènes technologiques majeurs de ces dernières années. Le premier propose un système financier alternatif, tandis que la seconde promet de transformer le travail, la science et la vie quotidienne. Mais à une époque où l’approvisionnement en énergie est limité, lequel sera prioritaire ?

Cet article a été traduit de l'original. Lisez la version originale de notre correspondant ici.

Les deux technologies nécessitent une capacité de calcul immense. Pourtant, alors que la consommation énergétique du Bitcoin fait l’objet de critiques et de restrictions depuis des années, la construction d’infrastructures pour l’IA a longtemps été considérée comme un coût nécessaire au progrès technologique.

Selon le Cambridge Centre for Alternative Finance, le réseau Bitcoin consomme environ 138 TWh d’électricité par an, soit environ 0,5 % de la consommation mondiale. Parallèlement, l’expansion de l’IA est devenue l’un des principaux moteurs de la hausse de la demande énergétique des centres de données ces dernières années.

En conséquence, deux technologies fondamentalement différentes se retrouvent en concurrence pour l’énergie. Cependant, les attitudes publiques et politiques face à leurs besoins énergétiques restent nettement distinctes.

La véritable question est-elle donc la quantité d’électricité consommée ? Ou bien l’attitude envers le Bitcoin et l’IA dépend-elle de la valeur que chacun accorde à ces technologies ?

Deux concurrents pour la même source d’énergie

D’un point de vue technique, il serait erroné d’assimiler une ferme de minage de cryptomonnaie à un centre de données IA moderne.

Les mineurs utilisent principalement du matériel spécialisé ASIC, tandis que l’infrastructure IA repose sur des GPU, des serveurs, des systèmes de stockage de données et des réseaux à haut débit.

Sur le plan physique, cependant, les intérêts des deux secteurs se recoupent. Le minage comme l’IA convertissent d’énormes quantités d’électricité en puissance de calcul, même s’ils utilisent des équipements différents et servent des objectifs distincts.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que la consommation électrique mondiale des centres de données plus que doublera d’ici 2030. Selon l’agence, la demande atteindra environ 945 TWh, soit un peu plus que la consommation totale du Japon aujourd’hui.

L’intelligence artificielle sera le principal moteur de cette croissance. Selon le scénario de base de l’AIE, la consommation électrique des serveurs optimisés pour l’IA devrait augmenter d’environ 30 % par an.

Consommation électrique des centres de données américains de 2014 à 2028. Source : LBNL.

Aux États-Unis, les centres de données représentaient déjà environ 4,4 % de la consommation totale d’électricité en 2023. Selon les estimations du Département de l’énergie américain, leur part pourrait atteindre 6,7 % à 12 % d’ici 2028.

Parallèlement, le profil énergétique du Bitcoin évolue. Selon les recherches de Cambridge, les sources d’énergie durables représentent désormais 52,4 % de la consommation électrique des mineurs, dont 42,6 % proviennent des énergies renouvelables et 9,8 % du nucléaire. La part du charbon est passée de 36,6 % en 2022 à 8,9 %.

Pourtant, même si le minage de Bitcoin devient plus vert grâce à une utilisation accrue d’énergies alternatives, il continue de rivaliser avec le secteur de l’IA pour l’électricité disponible.

Un mégawatt, des valeurs différentes

La différence d’attitude envers les deux technologies devient plus évidente lorsqu’on considère non seulement la quantité d’énergie consommée, mais aussi ce que la société en retire.

L’utilité de l’intelligence artificielle est relativement facile à démontrer. Elle sert à écrire du code, analyser des documents, traduire du contenu, mener des recherches et automatiser des tâches.

Le Bitcoin propose un produit fondamentalement différent. Sa fonction principale est de fournir un réseau financier permettant aux utilisateurs de stocker et de transférer un actif sans émetteur central. Le nombre de jetons est limité par son protocole, et les transactions ne dépendent pas des décisions d’une banque ou d’un gouvernement.

Pour quelqu’un disposant d’une monnaie stable et d’un système bancaire développé, la valeur d’une telle option peut sembler abstraite. À l’inverse, les avantages d’un système d’IA qui aide à accomplir une tâche professionnelle sont presque immédiatement perceptibles. Ce contraste est particulièrement visible dans les politiques publiques.

Quand la durabilité dépend de la technologie

Ces dernières années, le minage de cryptomonnaies a été confronté à de nombreuses restrictions en raison de sa forte consommation d’énergie. La Chine a imposé des restrictions drastiques à l’industrie, certains États américains ont envisagé des moratoires, et les régulateurs européens ont exprimé des inquiétudes quant à l’empreinte environnementale du Proof-of-Work.

Le Laos en est un exemple notable. Les autorités du pays ont décidé de cesser de fournir de l’électricité aux mineurs de cryptomonnaies et de réorienter la capacité vers d’autres secteurs, notamment les centres de données IA.

Le gouvernement a conclu que le minage d’actifs numériques créait trop peu d’emplois et générait peu d’activité économique supplémentaire dans les secteurs connexes. La question n’était donc pas simplement la quantité d’électricité consommée, mais le rendement économique généré par chaque mégawatt.

En même temps, les installations de minage peuvent réduire leur consommation d’électricité relativement rapidement lors des périodes de forte demande sur le réseau. Lorsque les prix de l’électricité augmentent fortement, arrêter les équipements peut s’avérer plus rentable que de continuer à miner, libérant ainsi de la capacité pendant les pics de consommation.

En pratique, le profil énergétique du minage dépend de plusieurs facteurs à la fois : la source d’électricité, l’emplacement des équipements, la pression sur le réseau local et la capacité des entreprises à réduire temporairement leurs opérations.

L’IA perd son passe-droit environnemental

Pendant des années, l’expansion de l’intelligence artificielle a rencontré peu de résistance comparable. Mais à mesure que de nouveaux centres de données sont construits, cela commence à changer.

Aux États-Unis, la hausse de la demande oblige les fournisseurs d’électricité à investir dans la production d’énergie, les lignes de transmission et les postes électriques. En conséquence, la question de savoir qui finance l’expansion du réseau devient de plus en plus un enjeu politique.

En Pennsylvanie, le gouverneur Josh Shapiro a proposé que les grands centres de données financent l’infrastructure énergétique nécessaire à leurs activités. Des débats similaires émergent dans d’autres États.

La question va également au-delà de l’électricité. Les centres de données nécessitent des ressources pour refroidir leurs équipements, si bien que la construction dans des régions à l’approvisionnement en eau limité suscite l’opposition des communautés locales.

L’IA se voit progressivement poser les mêmes questions que celles qui étaient auparavant adressées à l’industrie des cryptomonnaies : une telle consommation de ressources est-elle justifiée ? Qui profite des retombées économiques ? Et les coûts sont-ils reportés sur les autres habitants ?

Cependant, les attitudes restent différentes et l’industrie de l’IA n’a pas encore rencontré de résistance à la même échelle que les protestations entourant le Bitcoin.

Les ressources sont en cours de réaffectation

Pendant ce temps, le marché rapproche déjà les deux secteurs.

Hut 8 en est un exemple notable. L’entreprise a historiquement développé des infrastructures pour le minage de Bitcoin, mais utilise désormais son expérience des installations énergétiques à grande échelle pour se diversifier dans les centres de données dédiés à l’IA.

En mai 2026, elle a signé un accord de 15 ans d’une valeur de 9,8 milliards de dollars pour louer 352 MW de capacité informatique sur son site de Beacon Point, au Texas.

Des accords comme celui-ci montrent que les processeurs ne sont pas la seule ressource rare dans la nouvelle économie du calcul. Le foncier, les connexions au réseau, les transformateurs, les systèmes de refroidissement et l’accès garanti à de grandes quantités d’électricité deviennent tout aussi importants.

Cela donne un avantage aux entreprises ayant de l’expérience dans la construction d’installations énergivores à grande échelle lorsqu’elles se lancent dans les centres de données pour l’IA.

La demande d’électricité, quant à elle, continue d’augmenter. Aux États-Unis, l’expansion des infrastructures liées à l’IA et aux cryptomonnaies est déjà l’un des facteurs qui stimulent la consommation d’énergie, laquelle devrait atteindre de nouveaux records en 2026 et 2027 selon l’EIA.

Qu’est-ce qui compte le plus — Bitcoin ou l’IA ?

Il n’existe probablement pas de réponse définitive. Comparer Bitcoin et l’IA met en lumière une autre question : la quantité d’électricité consommée ne dit pas grand-chose en soi sur le fait que la société considère ou non cette consommation comme justifiée.

Si la cryptomonnaie est perçue uniquement comme un actif spéculatif, sa consommation d’énergie peut sembler excessive. Si le Bitcoin est plutôt vu comme un réseau mondial, indépendant, de paiement et d’épargne, l’évaluation est très différente.

Il en va de même pour l’intelligence artificielle. Tant que la technologie améliore la productivité, accélère les découvertes scientifiques et transforme des secteurs entiers, l’investissement massif dans l’infrastructure énergétique peut sembler justifié.

Mais si une part significative de la puissance de calcul est finalement consacrée à des services à faible valeur sociale, les anciens arguments environnementaux reviendront inévitablement dans un nouveau contexte.

Au final, la question clé n’est pas de savoir quelle technologie consomme le plus d’électricité. Ce qui importe davantage, c’est qui décide — et selon quels critères — quelles opérations informatiques méritent l’énergie qu’elles consomment.

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