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Mais nous avons tout sauvegardé 🙂.
Les clés publiques de plus de 6 millions de BTC ont déjà été exposées, ce qui rend ces bitcoins potentiellement vulnérables. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait théoriquement retrouver les clés privées correspondantes, mettant en jeu des centaines de milliards de dollars. Que se passerait-il pour le Bitcoin si une telle technologie apparaissait avant que le réseau puisse passer à une cryptographie résistante aux attaques quantiques ?
Cet article a été traduit de l'original. Lisez la version originale de notre correspondant ici.
Il ne s’agit pas d’un scénario dans lequel la blockchain cesse soudainement de produire des blocs ou dans lequel quelqu’un casse la fonction de hachage cryptographique SHA-256. Dans ce cas, la principale menace concerne les signatures numériques.
Aujourd’hui, seul le détenteur d’une clé privée peut signer valablement une transaction BTC, tandis que le réseau vérifie la signature à l’aide de la clé publique. L’algorithme de Shor permet théoriquement à un ordinateur quantique suffisamment puissant de retrouver une clé privée à partir de la clé publique correspondante, ce qui permettrait à un attaquant de dépenser les bitcoins de quelqu’un d’autre.
Le Bitcoin pourrait donc continuer à fonctionner même après le début de « l’attaque du siècle ».
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Les mineurs continueraient à produire des blocs et les nœuds à valider les transactions, mais les signatures numériques ne permettraient plus de prouver de manière fiable la propriété de certains bitcoins. Le problème dépasserait alors largement le cadre des portefeuilles individuels : le Bitcoin est déjà détenu par des ETF, figure dans les réserves des entreprises et entre dans la composition d’autres produits financiers traditionnels.
Aujourd’hui, deviner une clé privée à l’aide d’un ordinateur classique est pratiquement impossible. Cette difficulté de calcul est au fondement de la sécurité d’ECDSA et de Schnorr, les deux schémas de signature numérique utilisés par le Bitcoin, tous deux reposant sur la cryptographie à courbe elliptique secp256k1.
Les ordinateurs quantiques changent la donne. L’algorithme de Shor peut résoudre beaucoup plus rapidement le problème mathématique qui sous-tend cette cryptographie. Si un ordinateur quantique devient suffisamment puissant, un attaquant n’aura qu’à obtenir une clé publique, retrouver la clé privée correspondante et signer une transaction transférant les BTC de quelqu’un d’autre.
Pour le réseau, une telle transaction semblerait valide. La blockchain ne sait pas qui contrôlait initialement la clé ; elle vérifie uniquement la signature mathématique.
Après une attaque quantique réussie, le protocole actuel n’aurait donc aucun moyen de distinguer le propriétaire légitime d’un attaquant.
Cependant, tous les portefeuilles ne sont pas également vulnérables. Selon Glassnode, en mai 2026, les clés publiques d’environ 6,04 millions de BTC, soit 30,2 % de l’offre émise, avaient été exposées de manière permanente. La proposition BIP-361 avance une estimation plus élevée, supérieure à 34 %, mais les méthodologies diffèrent ; ces chiffres ne doivent donc pas être considérés comme directement comparables.
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Les sorties P2PK anciennes, qui correspondent à des soldes pouvant être dépensés, et les sorties Taproot P2TR, où la clé publique est directement accessible dans la structure de sortie, sont particulièrement vulnérables. Les bitcoins associés à des adresses dont les clés publiques ont été exposées lors de transactions antérieures sont également à risque.
Un tel portefeuille pourrait être attaqué à l’avance, sans qu’il soit nécessaire d’agir dans les quelques minutes entre la diffusion d’une transaction et sa confirmation. Pour les sorties dont les clés publiques restent cachées derrière un hachage, la fenêtre d’attaque ne s’ouvre qu’au moment où les bitcoins sont dépensés. Dès que la transaction est publiée, l’attaquant doit retrouver la clé privée et créer une transaction concurrente avant la confirmation de la transaction initiale.
Les développeurs désignent ces scénarios par les termes « exposition longue » et « exposition courte ». Dans le premier cas, la clé publique est connue à l’avance, ce qui laisse beaucoup plus de temps à un attaquant. Dans le second, la fenêtre limitée accroît considérablement la puissance de calcul nécessaire.
Les bitcoins les plus anciens posent un autre problème. Une part importante des BTC attribués à Satoshi Nakamoto se trouve dans des sorties anciennes dont les clés publiques sont déjà exposées.
Si ces bitcoins se mettent à bouger pour la première fois depuis des décennies après l’apparition d’un ordinateur quantique capable de compromettre la cryptographie, le marché ne saurait pas immédiatement si leur propriétaire légitime est revenu ou si quelqu’un a retrouvé les clés privées.
La blockchain elle-même pourrait continuer à produire des blocs. La crise ne commencerait pas par l’arrêt du réseau, mais par la perte de confiance dans le fait qu’une signature numérique appartient réellement à un utilisateur donné.
L’une des premières réactions des grandes plateformes de trading serait probablement de restreindre les transactions en Bitcoin. Les plateformes d’échange et les dépositaires devraient déterminer quelles sorties ont déjà été compromises, si les réserves pouvaient être déplacées en toute sécurité et si la diffusion d’une transaction exposerait les bitcoins à des risques supplémentaires.
Dans le même temps, les détenteurs commenceraient à transférer leurs fonds depuis des adresses vulnérables. Si des millions d’utilisateurs tentaient de déplacer leurs BTC simultanément, la mempool pourrait être fortement encombrée, faisant grimper considérablement les frais de transaction.
Avec un ordinateur quantique suffisamment puissant, certains de ces transferts créeraient eux-mêmes une brève fenêtre d’attaque dès la révélation de la clé publique.
La perte de confiance dans la propriété des bitcoins affecterait rapidement les produits financiers qui détiennent cet actif pour le compte des investisseurs. Les ETF Bitcoin au comptant américains détiennent environ 1,5 million de BTC. Juridiquement, les parts de ces fonds ne disparaîtraient pas, mais leur fonctionnement repose sur la capacité des dépositaires à conserver et à transférer l’actif sous-jacent en toute sécurité.
Une attaque quantique pourrait perturber la création et le rachat de parts d’ETF. Si un dépositaire ne pouvait pas transférer les réserves en toute sécurité ni en garantir le contrôle, le mécanisme d’arbitrage qui relie la valeur du Bitcoin aux cours des ETF pourrait se gripper.
Les fonds devraient probablement restreindre leurs opérations jusqu’à ce qu’ils puissent vérifier la sécurité de leurs actifs.
Les sociétés cotées seraient confrontées à des problèmes similaires. Strategy détient plus de 848 000 BTC : une forte baisse des cours ou la compromission d’une partie de ses réserves aurait des conséquences qui dépasseraient son seul bilan.
Ses actions ordinaires, ses titres de préférence, ses obligations et ses autres instruments permettant aux investisseurs de s’exposer indirectement au Bitcoin seraient également sous pression.
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Les produits dérivés continueraient eux aussi d’exister. Un contrat à terme du CME ne disparaîtrait pas simplement parce que la confiance dans les signatures numériques s’est effondrée. Toutefois, la fiabilité du cours de référence de l’actif sous-jacent serait mise à mal si différentes plateformes de négociation commençaient à restreindre les transactions en BTC.
Le minage ne s’arrêterait pas nécessairement non plus. Un ordinateur quantique capable de s’attaquer aux signatures numériques ne disposerait pas du même avantage contre SHA-256. Mais si le cours du Bitcoin s’effondrait, certaines machines de minage ne seraient plus rentables, le hashrate baisserait et l’économie du minage ferait peser une pression sur la sécurité du réseau.
Des outils pour se préparer à ce scénario existent déjà. Les experts du NIST ont normalisé des schémas de signature numérique post-quantiques, tandis que les développeurs de Bitcoin étudient comment préparer le protocole à une transition vers de nouvelles méthodes cryptographiques.
Par exemple, le BIP-360 propose une étape intermédiaire : un nouveau type de sortie P2MR, dépourvu du chemin de clé Taproot vulnérable aux attaques quantiques. Il permettrait de créer des sorties résistantes aux attaques par exposition prolongée et de préparer l’infrastructure à l’introduction éventuelle de signatures post-quantiques. Toutefois, cette approche ne suffirait pas à elle seule à protéger contre la récupération rapide d’une clé privée après la diffusion d’une transaction.
En outre, l’introduction d’un nouveau format de sortie ne suffirait pas. Des millions de bitcoins existants resteraient associés à d’anciennes sorties, et c’est là que commence le débat le plus controversé.
Le projet de BIP-361 propose une migration en deux étapes. Environ trois ans après son activation, les fonds associés aux anciennes sorties ne pourraient être transférés que vers des sorties post-quantiques. Deux ans plus tard, les règles de dépense des bitcoins encore protégés par ECDSA et Schnorr deviendraient nettement plus strictes.
Pour certains portefeuilles, les auteurs proposent des mécanismes de récupération spécifiques qui permettraient aux propriétaires légitimes de prouver qu’ils détiennent bien les fonds sans recourir aux signatures vulnérables existantes.
Cette approche protégerait le réseau contre les attaquants, mais créerait un autre problème. Si un propriétaire ne migrait pas ses fonds à temps, perdait l’accès aux informations de sauvegarde ou utilisait un portefeuille trop ancien pour prendre en charge la récupération, ses BTC pourraient en pratique être gelés par les règles mêmes du protocole.
L’alternative serait encore plus radicale : ne pas modifier les règles et laisser la première personne à disposer d’un ordinateur quantique suffisamment puissant s’emparer des bitcoins vulnérables. Pour les bitcoins perdus ou les premières sorties de Satoshi, le réseau ne disposerait d’aucun moyen automatique de déterminer qui est le propriétaire légitime et qui a dérivé la clé des décennies plus tard.
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Les développeurs débattent activement de ce choix. Certains estiment qu’il faut introduire tôt des fonctionnalités résistantes aux attaques quantiques, tout en évitant les gels obligatoires. D’autres défendent une échéance de migration stricte, estimant qu’à l’apparition d’un ordinateur quantique réellement capable, il ne restera plus de temps pour une mise à niveau ordonnée.
Des propositions de récupération plus complexes sont également à l’étude.
En 2026, Project Eleven a présenté un prototype qui utilise des preuves à divulgation nulle de connaissance pour établir la propriété d’un ancien portefeuille sans s’appuyer sur son schéma de signature existant. Cette approche reste toutefois expérimentale et ne résout pas le problème pour toutes les adresses anciennes, notamment celles créées avant l’apparition des phrases de récupération modernes et des méthodes normalisées de restauration à partir de sauvegardes.
Un ordinateur quantique ne serait donc pas nécessairement obligé de mettre Bitcoin à l’arrêt. Un scénario bien plus dangereux serait celui où les blocs continueraient d’être produits, mais où les signatures numériques existantes ne pourraient plus garantir que les bitcoins sont dépensés par leurs propriétaires légitimes.
Si la transition vers la cryptographie post-quantique commence tôt, le réseau aura le temps d’organiser une migration progressive. Si le premier vol majeur survient avant cette transition, un problème technique deviendra instantanément un enjeu financier et politique : Bitcoin devra décider non seulement comment protéger les nouvelles transactions, mais aussi qui a droit à des millions d’anciens BTC.