Le Canada dépose un projet de loi sur la criminalité financière pour renforcer la lutte contre le blanchiment d’argent et encadrer les fouilles du courrier

Le Canada dépose un projet de loi sur la criminalité financière pour renforcer la lutte contre le blanchiment d’argent et encadrer les fouilles du courrier
Le Canada cible le blanchiment d’argent

Le Canada entend renforcer son dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et la fraude avec un nouveau projet de loi visant les entreprises de services monétaires, les guichets automatiques de cryptomonnaies et les opérations en espèces importantes. Les mesures proposées précisent également le pouvoir légal des forces de l’ordre de fouiller et de saisir du courrier en vertu des lois existantes, tout en élargissant le partage d’informations entre les services de police et les institutions financières réglementées.

Points forts

  • Le projet de loi S-8 élargit les pouvoirs du CANAFE, renforce les règles d’inscription des entreprises de services monétaires, limite les guichets automatiques de cryptomonnaies et interdit les opérations en espèces de plus de C$10 000.
  • Le texte permet aux forces de l’ordre de fouiller le courrier lorsqu’elles disposent d’un pouvoir légal et autorise le partage de renseignements dans le secteur financier à des fins de lutte contre le blanchiment d’argent.
  • Le Budget 2025 affecte 1,7 milliard de dollars sur quatre ans à la lutte de la GRC contre la criminalité, et la Mise à jour économique du printemps 2026 propose 352,7 millions de dollars sur cinq ans pour une nouvelle Agence des crimes financiers.

Cet article a été traduit de l'original. Lisez la version originale de notre correspondant ici.

Le projet de loi S-8 élargit les pouvoirs d’application de la loi

Comme l’a rapporté le gouvernement du Canada, le projet de loi S-8, la Loi visant à lutter contre les crimes financiers et le trafic de drogues, instaure un éventail élargi de pouvoirs destinés à détecter, à perturber et à dissuader la criminalité économique. Le texte cible les abus commis par les entreprises de services monétaires en renforçant les règles d’inscription, en augmentant le nombre de vérifications des antécédents criminels et en élargissant le pouvoir du CANAFE de refuser ou de révoquer des inscriptions.

Le projet de loi vise également à enrayer l’utilisation illégale des guichets automatiques de cryptomonnaies, tout en préservant l’accès aux appareils autorisés et réglementés par les provinces, ainsi qu’aux plateformes d’échange de cryptomonnaies en personne et en ligne. Il limite en outre les opérations en espèces de C$10 000 ou plus et les dépôts en espèces effectués par des tiers. Selon le gouvernement, ces mesures visent des circuits courants de blanchiment d’argent liés à la fraude et au trafic de drogues.

Une autre disposition modifie la Loi sur la Société canadienne des postes pour permettre aux forces de l’ordre de fouiller et de saisir du courrier lorsqu’elles disposent déjà d’un pouvoir légal en vertu du Code criminel, de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances ou de la Loi sur le cannabis. Le gouvernement affirme que cette modification met la Société canadienne des postes sur un pied d’égalité avec les entreprises de messagerie privées et qu’elle n’autorise pas les inspecteurs postaux à ouvrir les lettres.

Stratégie élargie et financement de la lutte contre la criminalité financière

Ottawa affirme que le projet de loi s’inscrit dans la continuité des mesures prévues dans le Budget 2025 et la Mise à jour économique du printemps 2026, notamment la lutte contre l’extorsion, l’élaboration d’une Stratégie nationale antifraude et la création prévue d’une Agence des crimes financiers. Le projet de loi permet également aux entreprises réglementées de recevoir et d’utiliser les renseignements communiqués par les forces de l’ordre à des fins de lutte contre le blanchiment d’argent. Cette mesure vise à soutenir la coopération avec les grandes banques dans le cadre du Partenariat intégré en matière de renseignements sur le blanchiment d’argent.

Le 27 avril 2026, le gouvernement a présenté le projet de loi C-29 afin de créer l’Agence des crimes financiers, qui deviendrait le principal organisme canadien chargé de l’application de la loi en matière de criminalité financière. La Mise à jour économique du printemps 2026 propose d’affecter C$352,7 millions sur cinq ans à l’agence à compter de 2026-2027, auxquels s’ajouteraient C$82,1 millions par année par la suite. Elle prévoit également C$46,2 millions sur cinq ans et C$11,5 millions par année par la suite pour le Service des poursuites pénales du Canada, ainsi que C$19,6 millions sur cinq ans et C$1,5 million par année par la suite pour le ministère des Finances du Canada.

Le Budget 2025 prévoit également C$1,7 milliard sur quatre ans pour la Gendarmerie royale du Canada afin de renforcer sa lutte contre le crime organisé transnational, la criminalité financière et le blanchiment d’argent. Depuis 2019, le gouvernement affirme avoir investi près de C$379 millions pour renforcer la supervision du CANAFE, ses activités de renseignement financier et ses capacités d’enquête.

Lisez notre précédent article sur l’activité des jeunes pousses en cybersécurité et en protection de la vie privée au T3 2026 qui faisait état d’une hausse du financement, porté à 6,8 milliards de dollars, sous l’effet de rondes de financement plus importantes en phase avancée, malgré une baisse du nombre total de transactions. L’article relevait aussi une accélération de la consolidation, les grandes opérations dans les domaines de la lutte contre la fraude et de la sécurité des identités illustrant la manière dont les investissements et les fusions-acquisitions sont de plus en plus dictés par la nécessité d’améliorer la détection de la fraude dans un contexte de menaces liées à l’IA.

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