Les constructeurs automobiles européens font face à des marges durablement plus faibles
Les constructeurs automobiles européens perdent les profits chinois qui soutenaient leurs résultats depuis une décennie, au moment où les concurrents chinois gagnent du terrain en Europe. Cette évolution réduit leur base de bénéfices pour financer la transition vers les véhicules électriques et renforce le rôle des activités financières captives dans le soutien à la qualité de crédit.
Points forts
- Les constructeurs automobiles européens, confrontés à la baisse des marges en Chine et aux coûts de la transition électrique, voient leur rentabilité sous pression jusqu'en 2026 selon Scope Ratings.
- Geely, BYD, SAIC Motor et Chery Automobile atteignent près de 12% de part de marché en Europe occidentale sur les neuf premiers mois de 2026, contre 7,4% un an plus tôt.
- Le segment financier devient crucial, Mercedes-Benz Financial Services affichant un EBIT ajusté de 445 millions d'euros au T3, en hausse de 42% sur un an.
Pression sur la rentabilité et transition électrique
Comme l'indique Scope Ratings, la Chine constitue la principale source d'incertitude pour les notations du secteur sur les 24 prochains mois. Si les tendances actuelles se prolongent, Volkswagen, BMW, Mercedes-Benz et d'autres constructeurs européens devront financer leur bascule vers les véhicules électriques tout en défendant leur marché domestique avec des bénéfices plus réduits.Les bilans restent solides, avec environ 63 milliards d'euros de liquidités combinées pour les constructeurs allemands, ce qui leur donne une marge de manœuvre pour financer les investissements, réduire les coûts et ajuster les capacités. Mais cette flexibilité intervient alors que les groupes perdent des parts de marché en Chine, supportent le coût élevé de la transition électrique, s'exposent à de possibles pénalités liées aux émissions en Europe et affrontent des droits de douane plus élevés aux U.S.
La baisse des volumes en Chine pèse plus lourdement sur les résultats que ne le suggèrent les chiffres de ventes, car ce marché générait des marges disproportionnées pour les groupes premium allemands. Pour Volkswagen Group, par exemple, la contribution des coentreprises chinoises était de 4,4 milliards d'euros en 2019, contre moins 0,1 milliard d'euros sur les neuf premiers mois de 2026.
Les véhicules électriques affichent généralement des marges inférieures à celles des modèles thermiques, de sorte que chaque gain de part de marché des EV réduit la rentabilité des constructeurs. Scope Ratings s'attend ainsi à ce que les marges d'EBIT automobile restent sous leur pic de 2019 pendant les deux à trois prochaines années, sauf amélioration des marges sur les EV ou stabilisation des revenus en Chine.
Montée des rivaux chinois et rôle croissant des filiales financières
Les groupes chinois renforcent aussi leur présence en Europe occidentale. Geely, avec Volvo, BYD, SAIC Motor et Chery Automobile représentent ensemble près de 12% du marché d'Europe occidentale sur les neuf premiers mois de 2026, contre 7,4% un an plus tôt.Jusqu'à présent, ces marques prennent surtout des parts de marché à Stellantis, Toyota, Renault et Hyundai, tandis que la pression sur Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz se traduit davantage par des coûts plus élevés et des prix plus bas que par une chute des volumes. Volkswagen reste un acteur majeur du segment des véhicules électriques à batterie en Europe, mais la direction souligne l'intensification de la concurrence sur le continent.
Dans ce contexte, les divisions de services financiers deviennent plus importantes pour la qualité de crédit globale des constructeurs. Mercedes-Benz en donne l'exemple le plus clair, avec un EBIT ajusté de 445 millions d'euros au troisième trimestre pour Mercedes-Benz Financial Services, en hausse de 42% sur un an, la direction estimant que cette contribution aide significativement à stabiliser les résultats.
Ce soutien reste néanmoins exposé à deux risques. La montée des BEV dans les portefeuilles de leasing peut peser sur les valeurs résiduelles, tandis qu'une dégradation de notation liée à l'affaiblissement des flux de trésorerie industriels renchérirait le refinancement de ces filiales et réduirait l'attractivité de leurs offres de crédit et de leasing.
Dans notre précédent article sur le financement de la transition climatique dans un cadre de responsabilité budgétaire, nous expliquions que l’augmentation des dépenses publiques et l’érosion progressive des recettes liées aux énergies fossiles mettent sous tension les finances publiques. Nous soulignions aussi que la volatilité du prix des carburants et la remontée des taux d’intérêt constituent deux risques clés, car ils peuvent renchérir le coût de financement et réduire les marges de manœuvre pour investir.
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