Des tokens sans acheteurs : pourquoi les marketplaces NFT ferment leurs portes

Des tokens sans acheteurs : pourquoi les marketplaces NFT ferment leurs portes
Qu’est-ce qui ne va pas sur le marché des NFT ?

​Le secteur des NFT perd certaines de ses plus grandes plateformes de trading. Leur disparition soulève des questions quant à la capacité de plusieurs milliards de dollars d’activité de trading à soutenir des entreprises viables une fois l’essor spéculatif terminé. Est-ce la fin du secteur des NFT, ou peut-il survivre sans la spéculation qui a alimenté son essor ?

Cet article a été traduit de l'original. Lisez la version originale de notre correspondant ici.

Blur devient la dernière victime en date

Blur, autrefois la plus grande marketplace de NFT basés sur Ethereum, a annoncé qu’il fermerait son site le 12 novembre 2026. Son service de prêt de NFT, Blend, cessera également d’organiser de nouveaux prêts, bien que les smart contracts sous-jacents de la marketplace restent opérationnels sur Ethereum.

Cette fermeture fait suite à un effondrement spectaculaire de l’activité de trading. Blur a traité environ 1,43 milliard de dollars de transactions de NFT en mars 2023, lorsqu’il représentait plus de 70 % du trading de NFT sur Ethereum. En mars 2026, son volume mensuel était tombé sous 7 millions de dollars, soit une baisse de plus de 99,5 %.

Lancée en 2022, Blur a défié OpenSea grâce à des transactions plus rapides, l’absence de frais de marketplace et des récompenses en tokens destinées à attirer les traders actifs. Cette stratégie lui a permis de gagner des parts de marché et de brièvement dominer le trading de NFT sur Ethereum.

Cette décision fait également suite à l’annonce de la fermeture de Blast, un réseau de scalabilité d’Ethereum créé par le même fondateur, Tieshun Roquerre. Les développeurs de Blast ont déclaré que les coûts d’exploitation dépassaient les revenus, bien que Blur n’ait pas publiquement attribué sa fermeture à des pertes financières.

Une liste croissante de marketplaces qui ferment

Blur est loin d’être un cas isolé. Kraken a abandonné sa marketplace NFT en février 2025, suivi par X2Y2 et la plateforme NFT de Bybit en avril. Nifty Gateway, l’une des premières plateformes consacrées aux ventes d’art numérique de renom, a fermé en 2026, tandis que Binance a également abandonné son service centralisé de trading de NFT.

Ces départs ont touché aussi bien les plateformes spécialisées que les grandes plateformes d’échange de cryptomonnaies. X2Y2, autrefois l’une des plus grandes marketplaces en volume de trading, a traité plusieurs milliards de dollars de transactions avant que l’activité ne chute brutalement.

En expliquant la décision de fermer X2Y2 en mars 2025, son fondateur, connu sous le nom de TP, a souligné la difficulté de maintenir la plateforme sans activité de trading suffisante. 

« Les marketplaces vivent ou meurent grâce aux effets de réseau », a-t-il écrit. « Nous nous sommes battus bec et ongles pour être n° 1, mais après trois ans, il est clair qu’il est temps de passer à autre chose. »

Le marché dans son ensemble s’est considérablement contracté. Le volume de trading de NFT a atteint 57,2 milliards de dollars en 2022, selon DappRadar, tandis que les estimations du secteur évaluent l’activité annualisée de trading à environ 5,5 milliards de dollars vers la fin de 2025. Bien que ces chiffres proviennent de jeux de données différents, ils illustrent l’ampleur du recul du secteur par rapport à son pic spéculatif.

Pourquoi plusieurs milliards de dollars de trading n’ont pas permis de bâtir des entreprises viables

Pendant l’essor, les marketplaces se sont livrées à une concurrence acharnée pour attirer les utilisateurs en réduisant les frais, en distribuant des tokens et en récompensant l’activité de trading. Ces incitations ont aidé les plateformes à attirer des clients, mais elles n’ont pas nécessairement créé de sources de revenus fiables.

Blur illustre le problème. Son modèle sans frais a attiré les traders professionnels et l’a aidée à dépasser ses concurrents établis. Pourtant, la plateforme ne percevait aucun frais de transaction sur la marketplace, quel que soit le volume traité.

Pour les plateformes qui facturent des frais, la baisse de l’activité de trading crée un autre défi. Moins de transactions signifie moins de revenus, tandis que la baisse des prix des NFT peut réduire la valeur de chaque vente. Parallèlement, les dépenses liées à l’infrastructure, à la sécurité et au développement demeurent.

La liquidité constitue une autre faiblesse. Contrairement aux cryptomonnaies telles que le Bitcoin, les NFT individuels ne sont pas interchangeables. Lorsque la demande spéculative s’essouffle, les collectionneurs peuvent avoir du mal à trouver des acheteurs, laissant les marketplaces avec moins de transactions et moins de possibilités de générer des revenus.

Les survivantes peuvent-elles trouver un nouveau modèle économique ?

Toutes les grandes plateformes n’ont pas disparu. OpenSea reste active, tandis que Magic Eden poursuit ses activités après s’être retirée de plusieurs marchés blockchain. Toutefois, toutes deux ont modifié leurs stratégies.

OpenSea s’est développée au-delà des objets de collection numériques pour se lancer dans le trading de cryptomonnaies. En octobre 2025, Blockworks a rapporté que l’entreprise avait généré plus de 25 millions de dollars de revenus issus du trading de tokens au cours du mois précédent, contre environ 5,6 millions de dollars provenant du trading de NFT. Ces chiffres montrent l’importance prise par les autres produits crypto, sans toutefois établir si l’entreprise était rentable.

Magic Eden a adopté une approche différente. En mars 2026, elle a abandonné ses marketplaces NFT compatibles avec Bitcoin et Ethereum, tout en conservant ses services axés sur Solana.

La technologie a-t-elle encore un avenir ?

L’effondrement des marketplaces ne signifie pas nécessairement que les NFT eux-mêmes vont disparaître. Les tokens détenus dans des portefeuilles personnels peuvent rester sur une blockchain même lorsque la plateforme sur laquelle ils ont été achetés ferme. Toutefois, leur vente peut devenir plus difficile, et les œuvres ou services associés peuvent dépendre d’entreprises qui n’existent plus.

Les utilisations potentielles vont également au-delà des objets de collection spéculatifs. Les NFT peuvent représenter des actifs de jeu, des billets pour des événements, des adhésions numériques et des certificats. Ces applications ne dépendent pas nécessairement de la hausse des prix de revente, même si elles doivent toujours offrir des avantages par rapport aux systèmes numériques conventionnels.

La fermeture de Blur illustre le fossé entre la survie technologique et la réussite commerciale. La question n’est plus de savoir si les NFT peuvent attirer plusieurs milliards de dollars d’activité de trading, mais si les entreprises bâties autour d’eux peuvent générer suffisamment de revenus pour survivre sans nouvel essor.

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