CTO d’Alchemy : la blockchain pourrait devenir le socle d’un système national de paiement

CTO d’Alchemy : la blockchain pourrait devenir le socle d’un système national de paiement
Entretien avec Guillaume Poncin

La blockchain n’est plus une technologie utilisée uniquement pour les cryptomonnaies. Aujourd’hui, les entreprises cherchent à l’intégrer aux paiements, aux services bancaires et même à l’infrastructure de pays entiers. Dans un entretien avec Traders Union, le CTO et COO d’Alchemy, Guillaume Poncin, a expliqué dans quels domaines la blockchain peut réellement être utile, pourquoi les entreprises financières ont besoin de stablecoins et quel rôle les agents IA pourraient jouer dans le système financier.

Cet article a été traduit de l'original. Lisez la version originale de notre correspondant ici.

De Google à Stripe, puis à la blockchain

Avant de rejoindre Alchemy, Guillaume Poncin a passé 12 ans chez Google, puis a travaillé sur des produits bancaires et financiers chez Stripe. Son travail sur l’infrastructure financière lui a montré à quel point il est difficile pour les systèmes traditionnels d’évoluer rapidement et de fonctionner à l’échelle mondiale.

L’infrastructure bancaire reste fragmentée, tandis que le lancement de nouveaux produits dans différents pays nécessite de nombreuses intégrations et de nombreux intermédiaires. À l’inverse, la blockchain a été conçue comme un système mondial fonctionnant en temps réel.

« Elle apporte aux systèmes financiers bon nombre des propriétés qu’Internet a apportées à l’information : un accès ouvert, l’interopérabilité et une innovation rapide. »

Poncin estime qu’à terme, cette infrastructure pourrait prendre en charge non seulement les paiements, mais aussi les services d’investissement et de trading.

Qui a besoin d’une infrastructure blockchain

Poncin considère que l’infrastructure blockchain est surtout utile aux entreprises qui traitent chaque jour d’importants volumes de paiements et de règlements, plutôt qu’aux utilisateurs ordinaires. Il s’agit notamment des banques, des fintechs, des prestataires de services de paiement et des grandes entreprises.

Les principaux avantages sont assez concrets : des règlements plus rapides, des coûts réduits et une tenue des registres plus transparente. Cela est particulièrement pertinent lorsque l’infrastructure financière traditionnelle repose sur de nombreux systèmes distincts.

« Elle offre une base plus efficace que les systèmes historiques fragmentés qui sous-tendent une grande partie de l’infrastructure financière actuelle. »

Pour les utilisateurs finaux, toutefois, la technologie sous-jacente pourrait rester totalement invisible.

La blockchain pourrait atteindre le niveau des paiements nationaux

Il y a encore quelques années, l’idée d’utiliser une blockchain publique pour le système de paiement de tout un pays semblait pour le moins ambitieuse. Mais le débit des blockchains s’est considérablement amélioré, et le problème ne se limite plus aux contraintes technologiques.

Poncin estime que les banques et les autres institutions réglementées ne disparaîtraient pas dans un tel modèle. Elles continueraient à gérer les relations avec les clients, à effectuer les contrôles nécessaires et à respecter les exigences réglementaires, tandis que la blockchain pourrait servir de couche de règlement sous-jacente.

« La technologie progresse rapidement ; le travail restant consiste à mettre en place les cadres réglementaires, les modèles de gouvernance et les intégrations nécessaires pour la relier aux systèmes financiers existants. »

La capacité de la blockchain à intégrer l’infrastructure financière nationale dépendra donc non seulement des performances du réseau, mais aussi de ces conditions.

L’engouement pour les NFT s’est dissipé, mais la technologie demeure

L’année dernière, Alchemy a acquis HeyMint, une entreprise connue pour ses outils liés aux NFT. Dans le même temps, le marché des NFT de collection est loin du sommet atteint il y a plusieurs années.

Poncin explique que l’acquisition concernait principalement l’équipe et la technologie de HeyMint. Les outils de l’entreprise peuvent être utilisés pour créer et gérer des actifs onchain, avec des applications qui vont au-delà des images et des tokens de collection.

« Même si la demande pour les NFT de collection spéculatifs a ralenti, la capacité à établir et à vérifier la propriété d’actifs numériques uniques demeure un fondement important de l’économie onchain. »

Cette technologie peut être utilisée pour les actifs réels tokenisés, les programmes de fidélité, la billetterie et l’identité numérique.

Pourquoi les jeux Web3 ne se sont pas généralisés

Poncin possède également une expérience dans le secteur du jeu vidéo. Selon lui, l’une des principales erreurs des premiers jeux Web3 a été de trop se concentrer sur les tokens et les économies intégrées aux jeux.

Les jeux eux-mêmes étaient souvent en retard sur les titres traditionnels en matière de qualité, de graphismes et de gameplay. Pour le grand public, la technologie blockchain ne constitue pas à elle seule une raison de consacrer du temps à un jeu.

« Cela rend l’adoption par le grand public difficile : les joueurs veulent avant tout des jeux captivants, aboutis et amusants. »

Poncin estime que la technologie crypto peut encore être utile dans le gaming, notamment pour posséder et échanger des objets numériques. Mais elle sera probablement plus efficace lorsque les utilisateurs n’auront pas du tout conscience de la présence de la blockchain.

Les agents IA auront leur propre argent

Alchemy voit également un potentiel dans les agents IA capables d’agir de manière autonome en ligne et de payer des services.

À cette fin, l’entreprise a conçu AgentCard. Cet outil fournit à un agent IA des identifiants de paiement, une adresse e-mail, un numéro de téléphone et un wallet en stablecoins.

Pour les particuliers, un tel agent pourrait théoriquement commander à manger, réserver un voyage ou gérer des abonnements. Pour les entreprises, il pourrait s’occuper des achats, du service client ou de la gestion des comptes.

« Le changement majeur consiste à passer d’agents qui recommandent des actions à des agents capables de les exécuter en toute sécurité. »

Poncin s’attend à ce que ces systèmes se développent plus rapidement que beaucoup ne l’anticipent aujourd’hui.

Mais l’IA ne doit pas bénéficier d’un contrôle total

Dans le même temps, Poncin estime que l’autonomie des agents IA doit être clairement limitée. Les utilisateurs devraient pouvoir déterminer à l’avance combien un agent peut dépenser, où il peut effectuer des achats et quelles actions il est autorisé à entreprendre.

Avec AgentCard, par exemple, les utilisateurs peuvent définir des plafonds de dépenses et limiter les achats selon la catégorie du commerçant ou le lieu. Ces systèmes devraient également conserver une trace de la personne ayant autorisé l’agent à effectuer telle ou telle action.

« Les humains doivent rester responsables des décisions lourdes de conséquences ou irréversibles, notamment les transferts importants, les engagements juridiques et les choix qui affectent les moyens de subsistance d’une personne. »

Les stablecoins ne remplaceront pas encore Visa et Mastercard

Les stablecoins sont souvent perçus comme des concurrents potentiels des réseaux de paiement traditionnels. Mais Poncin estime qu’ils pourraient finalement jouer un rôle différent : permettre principalement des règlements plus rapides et moins coûteux, tandis que les services de paiement familiers continueraient à gérer la relation client.

« À court terme, les stablecoins ont davantage de chances de devenir une couche de règlement sous-jacente aux services financiers existants. »

Comme le souligne Poncin, Visa et Mastercard ne se contentent pas de permettre le transfert d’argent. Ils proposent également des protections pour les consommateurs, des dispositifs de lutte contre la fraude, des relations avec les émetteurs et une large acceptation par les commerçants.

Ainsi, certains services pourraient à terme être conçus dès le départ autour des stablecoins, tandis que dans d’autres, ceux-ci fonctionneraient en arrière-plan et resteraient invisibles pour les utilisateurs.

Les utilisateurs ne devraient pas avoir à comprendre la blockchain

L’industrie crypto parle depuis des années de faire venir le « prochain milliard d’utilisateurs ». Poncin estime que le principal obstacle a été une expérience utilisateur trop complexe.

Les phrases de récupération, les frais de gas, les différents réseaux et les wallets difficiles à comprendre obligeaient les utilisateurs à maîtriser la technologie avant de pouvoir réellement utiliser un produit.

Les smart wallets, les transactions sponsorisées et les applications qui gèrent la crypto en arrière-plan commencent désormais à changer la donne.

« Nous saurons que l’adoption est arrivée lorsque les utilisateurs n’auront plus du tout besoin de penser à la technologie sous-jacente. »

Poncin s’attend à ce que la blockchain suive la même trajectoire qu’Internet. La plupart des gens ne savent pas comment fonctionnent les protocoles réseau, mais cela ne les empêche pas d’utiliser leur messagerie, de faire des achats en ligne et d’accéder chaque jour à des applications bancaires. Selon lui, la blockchain devrait finalement connaître la même évolution.

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