Le crédit immobilier fait face à une remontée des taux en France
La stabilité apparente des taux de crédit immobilier en avril ne dissipe pas les tensions qui se renforcent sur le financement du logement en France. Derrière un taux moyen inchangé sur un mois, l’allongement record des durées de prêt et la pression du taux d’usure signalent un accès au crédit potentiellement plus difficile dans les prochaines semaines.
Points forts
- Le taux moyen des crédits immobiliers en France reste stable à 3,23 % en avril, mais les banques allongent la durée des prêts à un record de 249 mois.
- Les capacités d’emprunt des ménages reculent, le plafonnement légal (taux d’usure) compliquant l’obtention de crédits face à l’augmentation des taux et des charges.
- Meilleurtaux alerte sur un risque d’exclusion accrue d’emprunteurs dès fin juin, en raison d’un taux d’usure basé sur des crédits plus anciens à taux plus bas.
Des taux stables en avril, mais des conditions qui se tendent
Selon Le Monde, comme l’indique l’observatoire Crédit Logement/CSA publié le 5 mai, le taux moyen des crédits immobiliers s’établit à 3,23 % en avril, un niveau stable par rapport à mars. Les auteurs de l’étude estiment toutefois que cette accalmie masque une dégradation de fond, alors que les banques relèvent les taux de leurs offres principales dans un environnement marqué par une incertitude croissante et par l’absence de réajustement des taux de refinancement de la Banque centrale européenne depuis juin 2025.Pour continuer à faire passer les dossiers, les établissements privilégient des maturités de plus en plus longues. La durée moyenne des prêts accordés atteint 249 mois en avril, dont 264 mois pour l’accession dans le neuf et 260 mois pour l’accession dans l’ancien, des niveaux présentés comme les plus élevés jamais observés.
Selon l’observatoire, cette stratégie permet encore d’amortir partiellement la hausse du coût des opérations financées. Mais les capacités d’emprunt des ménages se contractent, car l’évolution des taux ne permet plus d’alléger la charge de remboursement, tandis que les seuils d’usure compliquent davantage l’octroi de nouveaux crédits.
Le taux d’usure accroît le risque d’exclusion de certains emprunteurs
La remontée des taux immobiliers risque désormais de compliquer le bouclage de certains dossiers. Une fois additionnés le taux nominal, l’assurance emprunteur et les frais de dossier, le coût total du financement peut dépasser le taux d’usure, soit le plafond légal auquel un crédit peut être accordé.Meilleurtaux avertit que la situation peut encore se tendre dans les prochains mois. Le calcul du taux d’usure à la fin juin doit en effet s’appuyer sur des crédits accordés au printemps, négociés plus tôt dans l’année à des niveaux plus bas, ce qui crée le risque d’un décalage entre un plafond en baisse et des taux pratiqués en hausse.
Dans ce scénario, la marge de manœuvre des banques se réduit davantage et un nombre plus important de profils d’emprunteurs peut être exclu du marché. Le courtier remet ainsi en avant la question d’une mensualisation du taux d’usure, déjà soulevée en 2022, afin de rapprocher plus rapidement le plafond réglementaire des conditions réelles de marché.
Dans notre précédente analyse sur la stabilité des taux de crédit immobilier en avril, nous expliquions que cette accalmie apparente cachait des tensions croissantes sur le financement du logement, notamment via l’allongement record des durées d’emprunt. Nous soulignions aussi le risque de dépassement du taux d’usure et l’effet du recalcul de fin juin, susceptible de réduire le plafond malgré des taux pratiqués en hausse, relançant le débat sur une mensualisation du taux d’usure.
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