RN relance un projet de référendum sur le voile dans l’espace public
À l’approche de l’échéance présidentielle, Marine Le Pen remet au premier plan une mesure ancienne du Rassemblement national en promettant un référendum sur une loi visant les « idéologies islamistes ». La proposition inclut une pénalisation du port du voile dans l’espace public et ravive les débats sur sa constitutionnalité, son applicabilité et son impact politique.
Points forts
- Marine Le Pen annonce sur X, le 31 août, qu'elle soumettrait un référendum sur la pénalisation du voile islamiste dans l’espace public si elle accède à l’Elysée.
- Le projet du RN suscite des réserves internes sur sa faisabilité juridique et l’applicabilité d’amendes, tout en évitant la création d'une police du vêtement, selon Jordan Bardella.
- La proposition déclenche de vives critiques institutionnelles et religieuses pour incompatibilité constitutionnelle et discrimination, augmentant les risques juridiques et politiques pour le RN.
Promesse de référendum et contours de la mesure
Comme l’a rapporté Le Monde, Marine Le Pen déclare lundi 31 août sur X qu’elle soumettrait aux Français, si elle accède à l’Elysée, une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes comprenant la pénalisation du voile islamiste dans l’espace public.Cette orientation n’est pas nouvelle dans la ligne du RN. La candidate défend cette interdiction depuis sa campagne présidentielle de 2012 et la soutient encore lors du débat de l’entre-deux-tours face à Emmanuel Macron dix ans plus tard, en la présentant comme un moyen de faire reculer l’idéologie islamiste.
La faisabilité juridique de la mesure continue toutefois de susciter des interrogations au sein même de son camp. Jordan Bardella estimait en 2025 que son application était compliquée, tandis que Marine Le Pen reconnaissait elle-même qu’il s’agissait d’un problème complexe appelant une mise en place progressive.
Jean-Philippe Tanguy relance dimanche le sujet sur BFMTV en évoquant l’hypothèse d’une amende pour les femmes qui porteraient le voile si l’interdiction entrait en vigueur. Jordan Bardella nuance ensuite cette perspective en expliquant qu’un éventuel second référendum sur l’idéologie islamiste contiendrait de nombreuses mesures, sans confirmer clairement un dispositif d’amendes forfaitaires et en assurant qu’il ne s’agit pas de mettre en place une police du vêtement.
Risques politiques et réactions institutionnelles
L’initiative provoque des critiques immédiates du bloc central et de la gauche, qui y voient à la fois une mesure discriminatoire et un projet difficilement compatible avec les principes constitutionnels actuels. Jean-Luc Mélenchon qualifie la proposition d’ignoble, tandis que Matthieu Pigasse accuse le RN de vouloir créer une police des religions.À la sortie du conseil des ministres lundi, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon évoque des réserves évidentes sur la constitutionnalité et l’applicabilité d’une telle mesure. Edouard Philippe appelle pour sa part à respecter le cadre législatif existant, notamment l’interdiction du voile à l’école et celle du voile intégral, en soulignant que le principe de liberté religieuse inscrit dans la Constitution ne se modifie pas au gré des volontés politiques.
Les représentants cultuels et politiques musulmans dénoncent également la proposition. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, affirme qu’on ne libère pas une femme en lui interdisant de choisir, tandis que l’Union des démocrates musulmans français critique sur X une idée jugée démagogique et ridicule.
Pour le RN, le retour de ce thème s’inscrit dans une séquence plus large de réaffirmation de marqueurs historiques du lepénisme, après d’autres prises de position récentes comme la retraite à 60 ans pour certains salariés ayant commencé à travailler très tôt. Cette stratégie remet au centre du débat un sujet à forte portée identitaire, mais expose aussi le parti à un risque accru de contestation juridique et politique.
Dans notre précédent article sur la rentrée politique en vue de la présidentielle de 2027, nous revenions sur l’enchaînement de rendez-vous de fin d’été qui ont servi de vitrine aux principales figures partisanes. Nous y évoquions notamment la prise de parole de Jordan Bardella à la Foire de Châlons, son soutien réaffirmé à Marine Le Pen, ainsi que les débats internes à gauche autour d’une éventuelle primaire.
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