Dette publique, Nicolas Dufrêne défend l’annulation de la part détenue par la BCE

Dette publique, Nicolas Dufrêne défend l’annulation de la part détenue par la BCE
Effacer la dette publique ?

Le débat sur l’effacement d’une partie de la dette publique revient au premier plan en France à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Nicolas Dufrêne soutient que l’annulation ou la conversion des titres détenus par la Banque centrale européenne créerait des marges d’investissement, notamment pour la transition écologique, sans déstabiliser les créanciers privés.

Points forts

  • Nicolas Dufrêne défend depuis 2020 l’annulation de la dette publique détenue par l’Eurosystème contre un investissement écologique équivalent, affirmant l’absence d’impact sur les créanciers privés ou la solvabilité de la BCE.
  • Un sondage cité indique 43 % des Français désormais favorables à l’opération contre 31 % d’opposants, alors qu’en 2021 la proposition paraissait plus risquée publiquement.
  • La proposition, soutenue récemment par Jean-Luc Mélenchon pour 2027, gagne en visibilité dans le débat sur le financement de la transition écologique et l’utilisation du bilan de la BCE.

Argumentaire sur les marges budgétaires

Comme le rapporte Le Monde, l’économiste répond aux critiques d’Olivier Blanchard et de Quentin Vandeweyer sur une proposition qu’il défend depuis 2020, consistant à annuler la part de la dette publique détenue par l’Eurosystème en contrepartie d’un effort d’investissement écologique équivalent. Il affirme qu’une telle opération n’affecte ni les créances privées ni la solvabilité de la banque centrale, en s’appuyant sur le fait que ses contradicteurs reconnaissent eux-mêmes l’absence d’effet direct sur les créanciers de l’Etat et de la Banque de France.

Nicolas Dufrêne met également en avant l’évolution du débat public. Il rappelle qu’en février 2021, une proposition similaire portée par 150 économistes européens était associée, selon lui, à des risques d’impossibilité, de faillite et d’hyperinflation, alors qu’un sondage cité dans sa tribune montre désormais davantage de Français favorables à l’opération que d’opposants, avec 43 % contre 31 %.

Il souligne aussi un point qu’il présente comme un rapprochement avec ses détracteurs. Selon lui, si ceux-ci admettent que l’opération peut dégager des marges budgétaires réelles avec une inflation maîtrisée, le désaccord se concentre désormais sur l’existence d’une éventuelle victime, en l’occurrence les banques, qu’il juge ne pas être réellement pénalisées.

Enjeu comptable et implications pour l’investissement

Nicolas Dufrêne conteste l’argument des comptes consolidés, utilisé pour soutenir que l’opération serait inutile. Il estime que cette consolidation relève d’un outil théorique et non d’une réalité juridique ou comptable, et que la détention du capital d’une banque centrale ne revient pas à fusionner ses comptes avec ceux de l’Etat.

Dans son raisonnement, un Etat supporte le même effort de remboursement du principal et des intérêts, qu’il rembourse sa banque centrale ou une banque privée. Il précise que d’éventuels bénéfices redistribués sous forme de dividendes peuvent atténuer une partie du coût des intérêts, mais ne modifient pas, selon lui, la question centrale du remboursement du principal.

Cette ligne de défense s’inscrit dans un débat plus large sur le financement public de la transition écologique et sur l’usage du bilan de la BCE. En toile de fond, la proposition gagne en visibilité politique après avoir été reprise par Jean-Luc Mélenchon en vue de l’élection présidentielle de 2027.

Dans notre précédent article sur les critiques de la Banque de France visant l’annulation partielle de la dette publique, nous expliquions qu’Emmanuel Moulin jugeait cette option contraire aux traités européens, risquée et sans bénéfice budgétaire direct. Nous rappelions aussi que, dans un contexte de tensions sur les marchés obligataires, il estimait qu’un effacement de dette créerait un trou équivalent dans les comptes de la Banque de France et pourrait alimenter inflation, hausse des taux et difficultés de financement pour l’État.

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