La France doit préciser sa doctrine de dissuasion nucléaire dans un discours de Macron
Dans un contexte de tensions durables en Europe depuis l’invasion russe de l’Ukraine et de doutes récurrents sur l’engagement américain, France 24 annonce qu’Emmanuel Macron doit présenter une mise à jour de la doctrine française d’emploi potentiel de l’arme nucléaire lors d’un discours sur une base abritant les sous-marins lanceurs d’engins du pays.
Points forts
- Emmanuel Macron va présenter une doctrine nucléaire révisée incluant un cadrage européen et clarifiant le rôle de la dissuasion française pour l’Union européenne.
- Des discussions ont été engagées avec l’Allemagne et d’autres partenaires, notamment sur la participation à des exercices et la possibilité d’intégration opérationnelle, dans un contexte de menaces géopolitiques accrues au Moyen-Orient.
- La France dispose d’environ 290 ogives, assurant la permanence à la mer avec quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, et reste la seule puissance nucléaire au sein de l’UE.
Une doctrine révisée, avec un cadrage européen
Emmanuel Macron doit détailler une nouvelle stratégie précisant la place des forces nucléaires françaises dans la posture de sécurité de l’Europe. Cette prise de parole s’inscrit dans la continuité de son discours de 2020 sur la dissuasion, avant que la guerre en Ukraine ne transforme le paysage stratégique. Plusieurs dirigeants européens expriment une incertitude croissante quant à la protection offerte par le parapluie nucléaire américain, élément central de la dissuasion de l’Otan depuis des décennies. La France, seule puissance nucléaire au sein de l’Union européenne, veut clarifier le rôle de son arsenal dans ce cadre et rappeler l’indépendance de sa décision. L’Élysée indique que l’intervention doit aussi prolonger les échanges engagés avec des partenaires européens autour de la dissuasion française.Coopérations évoquées et contexte géopolitique élargi
Le chef de l’État a déjà proposé d’ouvrir des discussions sur la dissuasion française et d’associer des partenaires européens à des exercices, une offre dont certains pays se sont saisis. Début février, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré avoir eu des « discussions initiales » avec Macron et a publiquement évoqué l’hypothèse d’avions de la Luftwaffe pouvant emporter des bombes françaises. Selon un responsable français cité anonymement conformément à la pratique de la présidence, l’escalade au Moyen-Orient après des frappes israélo-américaines contre l’Iran illustre l’importance de la « puissance » et de l’« indépendance » face à la multiplication des menaces. Macron a aussi plaidé en février, lors de la conférence de Munich, pour « réarticuler » la dissuasion nucléaire et pour que l’Europe apprenne à devenir une puissance géopolitique. En parallèle, la France et le Royaume-Uni ont adopté en juillet une déclaration conjointe permettant de « coordonner » leurs forces nucléaires tout en les maintenant indépendantes. Le Royaume-Uni, allié de l’Otan mais hors UE, demeure l’autre pays européen doté d’une dissuasion nucléaire.Capacités françaises, chaîne de décision et moyens
La doctrine française repose sur une stratégie défensive destinée à protéger les intérêts vitaux du pays, tout en contribuant à la posture globale de dissuasion de l’Alliance atlantique. En droit interne, le président est chef des armées et le seul à pouvoir décider d’un emploi potentiel de l’arme nucléaire. La France dispose notamment de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, Le Triomphant, Le Téméraire, Le Vigilant et Le Terrible, basés à l’Île Longue sur la façade atlantique, et assure depuis 1972 la permanence à la mer avec au moins un bâtiment en patrouille. Le porte-avions Charles de Gaulle est présenté comme le seul navire de surface européen capable d’emporter des armes nucléaires via des Rafale. Les estimations citées attribuent à la France environ 290 ogives, la majorité étant portée par des missiles lancés depuis sous-marins. Ces chiffres placent la France au quatrième rang mondial derrière la Russie, les États-Unis et la Chine, tandis que le Royaume-Uni est estimé à environ 225 ogives.Nous avons précédemment rapporté que Paris s’était dit prêt à soutenir militairement plusieurs partenaires du Golfe et la Jordanie en cas de nécessité, dans un contexte d’escalade après des frappes américaines et israéliennes en Iran et des ripostes iraniennes par missiles et drones. Notre publication rappelait aussi la position diplomatique française, critique du caractère unilatéral de ces frappes et favorable à une saisine des Nations unies, tout en précisant qu’aucune victime française n’avait alors été signalée.
Dernières actualités d’Germany
- Forex
- Crypto