La France adopte une loi antifraude pour renforcer les recettes publiques
Après plusieurs semaines de débats parlementaires, le Parlement adopte définitivement le 11 mai le projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales, un texte présenté comme un appui budgétaire pour l’Etat. Le gouvernement affirme que la réforme doit améliorer la détection, durcir les sanctions et accroître les capacités de recouvrement des organismes publics, avec 1,5 milliard d’euros attendus.
Points forts
- La loi antifraude, adoptée après compromis parlementaire le 11 mai, prévoit un partage élargi d’informations et l’accès aux données bancaires pour lutter contre la fraude sociale et fiscale.
- Le dispositif permet la suspension conservatoire des allocations chômage en cas d’indices sérieux de fraude et impose la géolocalisation dans le transport de patients.
- Le gouvernement vise un gain budgétaire de 1,5 milliard d’euros grâce à cette loi, bien que l’opposition conteste le ciblage et prévoit un recours constitutionnel.
Adoption finale et principales mesures du texte
Comme l’a rapporté Le Monde, le projet de loi est validé sans difficulté par l’Assemblée nationale la semaine précédente puis par le Sénat le 11 mai, après un compromis trouvé en commission mixte paritaire à la fin d’avril. Initialement composé de 27 articles, le texte dépasse désormais la centaine et vise à mieux coordonner la lutte contre les fraudes sociales et fiscales.Le dispositif prévoit un partage accru des informations entre administrations et organismes publics, ainsi qu’un élargissement de l’accès de certains agents aux données bancaires des bénéficiaires de prestations. Certains agents départementaux pourront notamment consulter ces données dans le cadre de la lutte contre la fraude au RSA.
Le texte renforce aussi les sanctions. L’une des dispositions les plus contestées autorise la suspension conservatoire des allocations chômage lorsqu’il existe, selon France Travail, des indices sérieux de manœuvres frauduleuses.
Parmi les mesures les plus consensuelles, la loi prévoit un encadrement accru du secteur des voitures de transport avec chauffeur et de la formation, ainsi que l’obligation pour les entreprises de transport de patients d’équiper leurs véhicules de dispositifs de géolocalisation.
Enjeu budgétaire et critiques sur les libertés publiques
Pour l’exécutif, cette adoption constitue un succès politique et budgétaire alors que d’autres textes soutenus par le gouvernement rencontrent récemment des blocages à l’Assemblée. Selon le premier ministre, la loi doit rapporter 1,5 milliard d’euros aux finances publiques, un objectif salué par le ministre des comptes publics David Amiel, qui y voit un texte utile pour les comptes publics.La gauche rejette cependant unanimement la réforme, en dénonçant un ciblage excessif des allocataires et des mesures jugées insuffisantes contre la fraude fiscale. La sénatrice écologiste Raymonde Poncet Monge estime que le texte concentre ses dispositifs sur la fraude aux prestations, tandis que la députée socialiste Sandrine Runel annonce un recours devant le Conseil constitutionnel, notamment sur la suspension des allocations chômage et sur la limitation du renouvellement des arrêts de travail via la télémédecine.
Le débat reste alimenté par l’ampleur des montants en jeu. La fraude sociale représenterait 14 milliards d’euros, dont plus de 2 milliards détectés, selon les derniers chiffres du Haut Conseil du financement de la protection sociale, alors que la fraude fiscale est souvent estimée entre 80 et 100 milliards d’euros par la gauche.
Dans notre précédent article sur la réforme européenne de l’indemnisation chômage des travailleurs frontaliers, nous expliquions que la France avait obtenu le soutien d’une majorité d’États membres de l’UE pour revoir les règles de coordination des systèmes de sécurité sociale. Nous soulignions que le dispositif actuel entraîne un surcoût d’un peu plus de 800 millions d’euros par an pour l’assurance-chômage française, tandis que l’adoption définitive et la mise en œuvre s’inscrivent dans un calendrier de plusieurs années.
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