France, la pression du capital-investissement s’étend aux Ehpad privés

France, la pression du capital-investissement s’étend aux Ehpad privés
Ehpad privés sous pression

Le débat sur la gestion financière des infrastructures sociales se ravive en France après la prise de contrôle de Colisée par ses créanciers en avril. Le cas de l’exploitant d’Ehpad illustre, selon l’économiste Cédric Durand, les tensions entre objectifs de rendement, conditions de travail et qualité des services essentiels.

Points forts

  • Colisée, quatrième acteur privé d’Ehpad en Europe avec 30 000 résidents, subit des critiques sur la réduction des coûts et la qualité de service après avoir été repris par ses créanciers en avril.
  • La France a enregistré près de 5 000 opérations de private equity depuis 2015, accentuant la pénétration des fonds dans les infrastructures sociales telles que logement, eau, énergie et santé.
  • Le groupe suédois EQT a acquis Colisée en 2020 via son fonds EQT Infrastructure V de 15,7 milliards d’euros, reflétant une logique de rentabilité financière appliquée à des secteurs essentiels.

Colisée au cœur des critiques sur les coûts

Comme l’écrit Le Monde, la contestation se concentre notamment à l’Ehpad Les volcans, à Clermont-Ferrand, où des salariés dénoncent la suppression d’une prime, des rémunérations en berne et des moyens jugés insuffisants. Le groupe Colisée, passé en avril sous le contrôle de ses créanciers, applique un programme de réduction de coûts dont l’efficacité dépend de la dynamique salariale, d’après Standard & Poor’s.

Quatrième acteur privé du secteur des maisons de retraite en Europe, Colisée accueille environ 30 000 résidents. Le texte relie la croissance rapide du groupe, son surendettement et les critiques formulées par les salariés à une même logique financière, dans laquelle des activités essentielles sont pilotées selon des objectifs de rentabilité.

Une exposition française plus large au private equity

La tribune replace ce dossier dans un mouvement plus vaste de financiarisation des infrastructures sociales, qui touche aussi le logement, l’eau, l’énergie, les transports, la santé et les terres agricoles. Cédric Durand estime qu’une part importante de ces actifs est progressivement passée sous le contrôle de firmes de capital-investissement au cours des dernières décennies.

La France apparaît comme particulièrement exposée, avec près de 5 000 opérations depuis 2015. Le texte cite notamment l’acquisition de Colisée en 2020 par le groupe suédois EQT, qui avait logé l’entreprise dans son fonds EQT Infrastructure V, doté de 15,7 milliards d’euros, aux côtés d’actifs liés aux énergies renouvelables, aux soins contre le cancer et au transport maritime dans d’autres régions.

Dans notre précédent article sur le retour du débat autour de la planification en France, nous expliquions que la stratégie publique implique des arbitrages explicites entre secteurs à soutenir et activités appelées à décliner, dans un contexte de ressources limitées. Nous rappelions aussi que cette planification se veut plus démocratique, avec une implication citoyenne et une transition professionnelle structurée pour maintenir l’adhésion, en s’appuyant sur des précédents historiques comme l’allocation ciblée des fonds du plan Marshall.

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