L’Europe doit réduire sa double dépendance à la Chine et aux U.S., estime Jean Pisani-Ferry
Le commerce international reste globalement stable dans le PIB mondial depuis la crise financière de 2008, mais sa structure change en profondeur sous l’effet des chocs sanitaires et géopolitiques. Pour l’Europe, cette évolution rend plus urgente la nécessité de limiter ses vulnérabilités face à la Chine et aux U.S., alors que les services prennent une place croissante dans les interdépendances.
Points forts
- Depuis 2008, la part des échanges internationaux dans le PIB mondial plafonne, signalant la fin de l'expansion rapide du commerce mondial.
- Les chaînes de valeur mondiales deviennent plus vulnérables, comme l'ont montré la pandémie de Covid-19 et les tensions géopolitiques autour de Taïwan et des matières critiques.
- Jean Pisani-Ferry estime que l'Europe doit réduire sa double dépendance envers la Chine et les U.S. pour protéger ses intérêts stratégiques, en particulier face aux risques sur les chaînes d'approvisionnement.
Mutation du commerce mondial depuis 2008
Comme l’écrit Le Monde, la part des échanges internationaux dans le PIB mondial atteint un point haut en 2008 puis fluctue sans tendance nette, après avoir doublé entre 1980 et 2008.Cette stabilité ne signifie pas une démondialisation. Elle traduit plutôt un coup d’arrêt dans l’expansion du commerce mondial, tandis que les priorités des entreprises évoluent de la seule recherche de coûts plus bas vers une exigence accrue de résilience.
Selon cette analyse, l’accident de Fukushima en 2011 puis le choc du Covid-19 en 2020 mettent en évidence la fragilité de chaînes de valeur organisées autour de l’efficience. Les pénuries de masques, de respirateurs et de médicaments pendant la crise sanitaire entraînent ainsi une révision durable des arbitrages industriels et logistiques.
Pression géopolitique et risques pour l’Europe
L’autre transformation majeure tient à l’effacement progressif de la frontière entre économie et géopolitique. L’Europe en prend brutalement conscience en 2021, lorsque la réponse de Pékin à l’ouverture d’un bureau de représentation de Taïwan à Vilnius s’accompagne d’un boycott qui provoque un effondrement des exportations lituaniennes vers la Chine.Cette utilisation des interdépendances comme levier de pression se prolonge ensuite dans les matières critiques. Quelques années plus tard, la Chine, qui contrôle l’essentiel de ces matériaux, s’en sert pour peser dans son bras de fer commercial avec Donald Trump, et au printemps 2025 les contrôles chinois sur les exportations de terres rares font de l’industrie automobile européenne une victime collatérale.
Dans ce contexte, la montée des services dans les échanges internationaux modifie aussi la nature des dépendances. Pour l’Europe, l’enjeu n’est donc plus seulement commercial, mais aussi stratégique, avec la nécessité de se dégager d’une double exposition vis-à-vis de la Chine et des U.S.
Dans notre précédent article sur l’évolution du commerce mondial depuis la crise financière de 2008, nous expliquions que les échanges ne reculent pas, mais que leur dynamique s’est transformée, avec un ratio échanges/PIB mondial resté globalement stable. Nous y soulignions aussi que l’Europe est devenue plus vulnérable aux chocs géopolitiques et aux dépendances vis-à-vis de Pékin et de Washington, illustrées notamment par le cas lituanien en 2021 et par les tensions autour des terres rares.
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