Banque de France abaisse sa prévision de croissance 2026 face à un choc énergétique durable
La Banque de France revoit à la baisse ses perspectives pour l'économie française après un début d'année marqué par un recul de l'activité et par les effets de la guerre en Iran sur les prix de l'énergie. Elle table désormais sur une croissance de 0,5% en 2026 et sur une inflation moyenne de 2,5%, tout en estimant qu'une récession au printemps ne devrait pas se matérialiser.
Points forts
- La Banque de France abaisse sa prévision de croissance 2026 de 0,4 point avec un scénario de baril à 97 dollars sur l'année et relève l'inflation de 0,8 point.
- Le déficit public est estimé à 5,2% du PIB en 2026 sans économies supplémentaires, la dette française atteignant 122% du PIB en 2028, bien au-dessus des 90% de la zone euro.
- Le taux de dépôt de la BCE est relevé à 2,25% avec un resserrement jugé nécessaire mais prudent, la Banque de France insistant sur la crédibilité des finances publiques pour l'attractivité des titres français.
Nouvelles prévisions de croissance et d'inflation
Comme l'indique la Banque de France dans un entretien accordé aux Les Echos le 17 juin 2026, son gouverneur Emmanuel Moulin estime que le scénario central repose sur un baril de pétrole à 112 dollars au deuxième trimestre et à 97 dollars en moyenne sur l'année. L'institution abaisse ainsi sa prévision de croissance de 0,4 point par rapport à la fin mars, après une contraction de 0,1% de l'activité au premier trimestre.Selon Emmanuel Moulin, les difficultés du premier trimestre tiennent en partie à des facteurs temporaires, notamment dans la chaîne d'approvisionnement de l'aéronautique et dans l'investissement des ménages. La Banque de France prévoit une activité atone au deuxième trimestre, mais ne voit pas la France entrer en récession au printemps, malgré un mois de mai plus difficile pour l'industrie et les services.
L'institution juge que l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, qui doit être signé vendredi, constitue une bonne nouvelle, mais elle estime que le retour à la normale sera lent. Elle considère que la réouverture du détroit d'Ormuz, la remise en état des sites de production et la reconstitution des stocks stratégiques prolongent un choc énergétique persistant.
Dans ce contexte, la prévision d'inflation pour 2026 est relevée de 0,8 point par rapport à mars. La Banque de France indique que les entreprises commencent déjà à répercuter la hausse des coûts de l'énergie, surtout dans les secteurs intensifs en énergie ainsi que dans le transport aérien et routier, même si elle ne voit pas à ce stade de spirale prix-salaires.
Finances publiques, dette et cap monétaire européen
Emmanuel Moulin estime que le ralentissement de la croissance complique la réduction du déficit public, mais il juge que l'objectif gouvernemental de 5% du PIB cette année reste atteignable avec des mesures de soutien ciblées. Sans économies additionnelles, la Banque de France évalue toutefois le déficit à 5,2% du PIB en 2026, après une amélioration en 2025.Sur la dette, l'institution anticipe une hausse continue jusqu'à 122% du PIB en 2028, alors que la moyenne de la zone euro serait de 90%. Le gouverneur souligne que l'objectif d'un déficit ramené à 3% en 2029 est nécessaire pour commencer à inverser la trajectoire de dette et préserver les marges de manoeuvre budgétaires.
Il indique par ailleurs que la dette française continue de bénéficier d'une forte demande et d'une bonne liquidité sur les marchés, même si la part plus élevée de fonds spéculatifs par rapport aux investisseurs de long terme peut créer une vulnérabilité à court terme. Selon lui, l'attractivité des titres français dépend avant tout de la crédibilité du redressement des finances publiques.
Sur la politique monétaire, Emmanuel Moulin défend la hausse de 25 points de base décidée par la Banque centrale européenne, qui porte le taux de dépôt à 2,25%. Il présente ce resserrement comme nécessaire mais prudent, en soulignant qu'il n'annonce pas un nouveau cycle haussier et que les prochaines décisions resteront prises réunion par réunion selon les données économiques.
Le gouverneur inscrit enfin ses priorités dans la continuité du plan stratégique de la Banque de France, avec un accent sur la souveraineté monétaire européenne. Il met en avant les travaux de l'institution sur la tokenisation de la finance, la monnaie numérique de banque centrale et l'euro numérique, ainsi que son rôle d'accompagnement des entreprises et d'inclusion financière.
Notre précédent article sur le rapport de la commission d’enquête parlementaire consacré aux « fonds vautours » expliquait l’appel des députés à un encadrement plus strict des fonds spéculatifs impliqués dans des rachats et financements d’entreprises françaises. Adopté à l’unanimité après six mois de travaux et 47 auditions, le rapport mettait en avant les risques que des stratégies de court terme peuvent faire peser sur la continuité des sociétés et les capacités productives nationales.
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