Banque de France plaide pour une union de l’épargne et un euro plus international

Banque de France plaide pour une union de l’épargne et un euro plus international
Union de l’épargne en Europe

Face à des besoins d’investissement massifs et à des finances publiques sous contrainte, l’Europe doit mobiliser davantage son épargne et renforcer son autonomie monétaire. Emmanuel Moulin défend deux leviers complémentaires, une intégration financière plus poussée et un rôle international accru de l’euro, pour soutenir la compétitivité, la défense et la transition écologique.

Points forts

  • La Banque de France souligne un écart croissant : de 2000 à 2025, le PIB/habitant augmente de 40 % aux États-Unis contre 25 % dans la zone euro, lié à un déficit d’investissement européen d’environ 250 milliards de dollars par an en R&D.
  • Emmanuel Moulin fixe quatre priorités pour réallouer l’épargne européenne, notamment créer un 28e régime, renforcer la titrisation et accélérer l’Union bancaire, afin d’améliorer le financement en fonds propres qui ne représente que 93 % du PIB en zone euro contre 245 % aux États-Unis.
  • La Banque de France appelle à renforcer l’offre d’actifs sûrs en euros (11 000 milliards de dollars, soit un tiers du marché des Treasuries US), promouvoir la facturation en euros (moins de 25 % des exportations mondiales), et accélérer le développement d’un euro numérique face au risque posé par les stablecoins en dollars.

Feuille de route pour orienter l’épargne vers l’investissement

Comme l’a indiqué la Banque de France dans le discours prononcé à Paris le 19 juin par son gouverneur Emmanuel Moulin, le renforcement de la souveraineté européenne passe d’abord par la création d’une véritable Union pour l’épargne et l’investissement.

Le diagnostic présenté souligne un décrochage économique durable de l’Europe face aux États-Unis. Entre 2000 et 2025, la hausse cumulée du PIB par habitant atteint 40 % aux États-Unis, contre 25 % dans la zone euro, tandis que l’écart d’investissement en recherche et développement s’élève à environ 250 milliards de dollars par an.

Selon Emmanuel Moulin, la zone euro ne souffre pas d’un manque d’épargne mais d’une allocation trop prudente des capitaux. Le taux d’épargne des ménages y atteint 14,9 % du revenu disponible brut en 2025, contre 10,7 % aux États-Unis, alors que le financement en fonds propres des sociétés non financières ne représente que 93 % du PIB dans la zone euro, contre 245 % outre-Atlantique.

Pour corriger ce déséquilibre, le gouverneur met en avant quatre priorités, la création d’un 28e régime pour alléger les coûts administratifs des entreprises, le développement du financement en fonds propres via l’épargne retraite, les fonds de pension et le capital-risque, la relance de la titrisation dans un cadre sécurisé, et une supervision véritablement européenne des acteurs transfrontières systémiques. Il appelle aussi à achever l’Union bancaire, notamment par une simplification du cadre réglementaire et par des dérogations transfrontières sur les fonds propres et la liquidité afin de faciliter l’intégration des groupes bancaires européens.

Actifs sûrs et euro numérique au cœur de l’attractivité

Le second axe défendu consiste à accroître l’attractivité extérieure de l’Union européenne en renforçant le rôle international de l’euro. Emmanuel Moulin estime que cet objectif peut réduire les coûts de financement, soutenir la facturation commerciale en euros et limiter la dépendance au dollar américain.

Le discours souligne d’abord l’insuffisance de l’offre d’actifs sûrs libellés en euros. Même en additionnant la dette supranationale européenne et les obligations souveraines notées au moins A dans la zone euro, le total atteint 11 000 milliards de dollars, soit un peu plus d’un tiers du marché des bons du Trésor de la U.S..

Pour élargir cette base, le gouverneur évoque la création d’un véritable Trésor européen, alors que les émissions actuelles sont réparties entre plusieurs signatures, dont la Commission, la BEI, le MES et NGEU. Parmi les options envisagées, il privilégie un renforcement des cadres existants de l’UE avec un endettement commun destiné à financer de nouveaux projets d’intérêt européen, notamment dans la défense, les technologies quantiques et l’intelligence artificielle.

Le responsable met également l’accent sur la promotion de la facturation en euros dans les chaînes de valeur mondiales, alors qu’environ 60 % des exportations mondiales sont encore libellées en dollars américains, contre moins de 25 % en euros. Il cite aussi le renforcement récent des lignes de liquidité en euros accordées par le Conseil des gouverneurs aux banques centrales hors zone euro comme soutien à cette internationalisation.

Enfin, la Banque de France présente le développement monétaire numérique comme un enjeu de souveraineté. Emmanuel Moulin avertit que l’essor des stablecoins en dollars détenus hors des États-Unis crée un risque de privatisation et de déseuropéanisation de la monnaie, ce qui justifie à ses yeux les travaux de l’Eurosystème sur l’euro numérique, une monnaie numérique de banque centrale de gros et des formes de monnaie commerciale tokenisée adossées à l’euro.

Dans notre précédent article sur la flambée des prix de l’aluminium, nous expliquions comment la hausse rapide des cours mettait sous pression la chaîne d’approvisionnement aéronautique française. Nous soulignions l’impact sur les marges des sous-traitants et les risques pour la continuité des livraisons, dans un contexte où les entreprises devaient sécuriser leurs approvisionnements à des coûts nettement plus élevés.

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