France, la délocalisation de la R&D menace l’innovation et la souveraineté technologique

France, la délocalisation de la R&D menace l’innovation et la souveraineté technologique
R&D en péril

Dans une tribune, Sergio Caldeira, directeur général de F. initiatives, alerte sur une « désindustrialisation invisible » liée à la mobilité croissante des activités de recherche et développement, en s’appuyant sur des données citées du London Stock Exchange, de l’Insee et d’Eurostat. Selon Forbes France, il estime que la sortie silencieuse des compétences et des routines d’ingénierie pourrait affaiblir l’écosystème d’innovation français et européen, alors même que le budget 2026 vient d’être adopté.

Points forts

  • Plus de 1 600 entreprises françaises sont passées sous contrôle américain entre 2014 et début 2025, accroissant le risque de transfert de savoir-faire immatériel.
  • Les sociétés implantées en France ont financé 4,6 milliards d’euros de travaux de R&D réalisés à l’étranger en 2021, alors que les investissements des ETI reculent de 14 % au deuxième trimestre 2025.
  • La dépense intérieure totale de R&D en France est estimée à 61,5 milliards d’euros en 2023, en baisse de 0,5 % en volume par rapport à 2022, signalant un tassement et un attentisme.

Un décrochage industriel qui se prolonge dans la R&D

Le texte décrit une industrie française durablement marquée par les délocalisations et par la perte de compétences, au-delà des seules capacités de production. Selon des chiffres communiqués par le London Stock Exchange et cités à l’Assemblée nationale, plus de 1 600 entreprises auraient été rachetées ou seraient passées sous contrôle américain entre 2014 et début 2025, avec un risque de transfert de savoir-faire immatériel. L’auteur insiste sur le caractère discret de la délocalisation de la R&D, qui peut s’effectuer sans fermeture d’usine, via le déplacement d’équipes et de projets vers d’autres hubs. Il rappelle aussi l’ampleur du recul de l’emploi industriel depuis 1975, présenté comme un précédent à ne pas reproduire côté recherche. L’enjeu, selon lui, est directement lié à la souveraineté technologique et à la capacité d’inventer sur le sol européen.

Chiffres clés et mécanismes de l’« externalisation cognitive »

Les flux financiers illustrent cette internationalisation, les sociétés implantées en France ayant financé 4,6 milliards d’euros de travaux de R&D réalisés à l’étranger en 2021, d’après des données Insee/MESR citées. Le texte souligne que l’arbitrage des décideurs se déplace, la question devenant moins « peut-on produire ailleurs ? » que « où développer plus vite, avec moins de contraintes ? ». À l’échelle européenne, il rappelle que les dépenses de R&D atteignent 2,26 % du PIB en 2023 selon Eurostat, tout en pointant le rôle grandissant de la concurrence fiscale et de la stabilité des dispositifs. Une note de conjoncture du METI est citée pour mentionner un recul des investissements des ETI de 14 % au deuxième trimestre 2025 par rapport au premier, interprété comme un symptôme d’incertitude. L’auteur ajoute qu’en France les grandes entreprises concentrent 54 % de la dépense intérieure de R&D des entreprises, ce qui amplifierait l’impact sur les PME et start-up lorsque des centres de recherche sont déplacés.

Stabilité des aides, horizon européen et comparaison internationale

La tribune plaide pour des dispositifs de soutien à l’innovation plus lisibles sur cinq à dix ans, plutôt que des ajustements fréquents. Elle cite l’exemple du dispositif « jeune docteur », présenté comme un outil d’incitation à l’embauche de docteurs en recherche, supprimé dans la loi de finances 2025. Le texte évoque un tassement de la dépense intérieure totale de R&D, estimée à 61,5 milliards d’euros en 2023, en baisse de 0,5 % en volume par rapport à 2022, comme un signal d’attentisme. Il mentionne aussi le Scoreboard 2024 de la Commission européenne et le rapport Draghi (2024) pour souligner l’urgence d’une coordination et d’une réactivité accrues. En comparaison, l’Inflation Reduction Act américain est cité avec des incitations énergie-climat évaluées entre 369 et 391 milliards de dollars, illustrant une stratégie jugée plus cohérente. La conclusion appelle à faire de la localisation de la R&D en Europe un pilier de compétitivité et de souveraineté, dans le contexte de l’adoption récente du budget 2026.

Nous avions précédemment rapporté le rejet à l’Assemblée de deux motions de censure visant la nouvelle feuille de route énergétique du gouvernement. Notre article revenait sur les clivages autour de l’arbitrage nucléaire-renouvelables, ainsi que sur les enjeux de sécurité d’approvisionnement et de finances publiques qui en découlent.

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