France relance la coopération judiciaire avec l’Algérie lors de la visite de Gérald Darmanin
Après près de deux ans de crise diplomatique, la visite de Gérald Darmanin à Alger marque une nouvelle étape dans le rétablissement des liens entre la France et l’Algérie. Le déplacement met en avant la reprise des échanges judiciaires sur la criminalité organisée, des dossiers individuels sensibles et les demandes d’entraide entre les deux pays.
Points forts
- Gérald Darmanin relance la coopération judiciaire franco-algérienne lors de sa visite à Alger le 18 mai 2024 après deux ans de gel.
- La France a repris en quelques mois l'émission de plusieurs centaines de laissez-passer consulaires pour expulser des personnes jugées dangereuses vers l’Algérie.
- Les discussions bilatérales portent sur la criminalité organisée, la DZ Mafia, les biens mal acquis et la situation du journaliste Christophe Gleizes condamné à sept ans de prison en mai 2024.
Relance des échanges judiciaires à Alger
Comme l’a rapporté Le Monde avec AFP, le ministre français de la justice se rend à Alger le 18 mai pour tenter de rouvrir un canal de coopération judiciaire resté quasiment gelé pendant presque deux ans. Gérald Darmanin indique avoir tenu plusieurs réunions de travail avec son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa, en présence de hauts magistrats français.Le ministre affirme que les discussions portent notamment sur la criminalité organisée, en particulier le dossier de la DZ Mafia, les biens mal acquis et plusieurs affaires individuelles, dont celle du journaliste français Christophe Gleizes. Arrêté en mai 2024 dans le cadre d’un reportage, ce dernier est condamné à sept ans de prison en Algérie pour « apologie du terrorisme ».
La visite s’inscrit dans un effort plus large pour rétablir la confiance entre Paris et Alger. Un entretien avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune n’est pas exclu, alors que les deux capitales cherchent à dépasser l’accumulation de contentieux diplomatiques et judiciaires.
Apaisement progressif et enjeux sécuritaires
La crise bilatérale éclate à l’été 2024 après le soutien de Paris à un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental, une position rejetée par Alger, qui soutient le Front Polisario. Depuis, plusieurs épisodes alimentent les tensions, dont les dossiers Boualem Sansal, Christophe Gleizes et l’incarcération en France d’un agent consulaire algérien soupçonné d’implication dans l’enlèvement d’un influenceur.Le climat commence toutefois à s’améliorer, avec la visite à la mi-février du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, puis celle en mai de la ministre déléguée aux armées Alice Rufo. Saïd Sayoud, ministre algérien de l’intérieur, doit aussi se rendre à Paris dans les prochains jours, un déplacement présenté par Laurent Nuñez comme un signal positif de reprise de la coopération sécuritaire.
Sur le plan opérationnel, Paris cherche à accélérer une collaboration judiciaire décrite comme extrêmement ralentie. La chancellerie fait état d’une reprise importante des laissez-passer consulaires pour les expulsions d’individus dangereux vers l’Algérie, leur nombre étant passé de zéro à quelques centaines ces derniers mois. La justice française a également transmis une dizaine de demandes d’entraide visant des responsables de la DZ Mafia installés de l’autre côté de la Méditerranée.
Fait notable, Gérald Darmanin est accompagné du procureur national financier Pascal Prache, une présence inédite destinée à traiter aussi les demandes algériennes sur des biens acquis par la France durant la période coloniale. Le sort de l’agent consulaire algérien détenu provisoirement en France figure également parmi les sujets examinés.
Dans notre précédent article, nous revenions sur la pression politique en France autour de la visite de Gérald Darmanin à Alger et sur les critiques du Rassemblement national, qui réclamait une « diplomatie de la fermeté » face à l’Algérie. Nous expliquions que ce déplacement s’inscrivait dans un climat de tensions bilatérales et de débats intérieurs, où la coopération judiciaire devient un enjeu central pour l’exécutif.
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