France prépare de nouvelles mesures sur la justice après l’affaire Lyhanna
Sous la pression de l’émotion nationale et d’une crise de confiance envers les institutions, l’exécutif cherche à encadrer sa réponse après la mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers. Le gouvernement maintient qu’il faut attendre les conclusions d’une enquête administrative attendues le 19 juin, tout en ouvrant déjà la voie à des ajustements budgétaires et législatifs.
Points forts
- Le gouvernement attend les conclusions de l’enquête administrative sur les dysfonctionnements judiciaires dans l’affaire Lyhanna pour le 19 juin, avant tout projet législatif.
- L’exécutif promet une augmentation du budget de la justice en 2027, sans préciser le montant, admettant une institution toujours sous-dotée malgré les hausses depuis 2017.
- De nouvelles mesures pénales incluent la perpétuité pour violeurs en série sur mineurs, un délai d’enquête de trois mois et 2,7 milliards d’euros proposés pour lutter contre les violences sexuelles.
Enquête administrative et réponses gouvernementales
Comme le rapporte Le Monde, Emmanuel Macron reconnaît lors du conseil des ministres du 10 juin que des « dysfonctionnements manifestes » ont pu se produire dans le traitement des plaintes et signalements visant Jérôme Barella, suspect dans la mort de la collégienne. Le chef de l’Etat appelle toutefois à éviter toute « démagogie » et toute « précipitation » législative avant les conclusions de l’enquête administrative lancée par le ministre de la justice, Gérald Darmanin, et le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez.Cette enquête, confiée aux inspections générales de la gendarmerie et de la justice, doit rendre ses conclusions le 19 juin. Le gouvernement cherche ainsi à distinguer ce qui relève de responsabilités individuelles et ce qui tient à des défaillances plus larges de l’appareil judiciaire et sécuritaire.
Le débat porte aussi sur les moyens de la justice. Après avoir écarté ces derniers jours l’idée d’un manque de ressources comme cause centrale, l’exécutif admet désormais une tension budgétaire plus générale. Maud Bregeon affirme que le gouvernement proposera au Parlement de continuer à augmenter le budget de la justice en 2027, sans en préciser le montant, tandis que Sébastien Lecornu et Elisabeth Borne reconnaissent une institution encore sous-dotée, même si des hausses de crédits ont déjà eu lieu depuis 2017.
Pression politique et durcissement législatif
L’affaire accélère la compétition politique autour de nouvelles réponses pénales et procédurales. Le gouvernement avance notamment un renforcement des peines pour les violeurs en série sur mineurs, avec la possibilité de la perpétuité à la place de vingt ans actuellement, ainsi qu’un délai maximal de trois mois pour les actes d’enquête concernant les crimes sur enfants.Un décret est aussi annoncé pour imposer aux magistrats de motiver les classements sans suite de plaintes pour crimes sexuels sur mineurs. Ces mesures doivent être intégrées au projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en conseil des ministres et examiné au Parlement le 15 juillet.
En parallèle, une coalition transpartisane de députés menée par Yaël Braun-Pivet demande l’inscription d’une proposition de loi globale sur les violences sexistes et sexuelles, chiffrée à 2,7 milliards d’euros. Au Sénat, une commission d’enquête sur les dysfonctionnements de la justice et le pilotage de la politique pénale est lancée, tandis que l’opposition multiplie les prises de position, allant de demandes de démission du ministre de la justice à des propositions de castration chimique pour certains criminels sexuels récidivistes.
Sur le plan judiciaire, les investigations se poursuivent contre Jérôme Barella, déjà mis en examen le 1er juin pour enlèvement et séquestration et attendu de nouveau devant le juge d’instruction à Agen, où une requalification pour meurtre est attendue. Le procureur d’Agen doit également communiquer les résultats de l’autopsie et d’éventuelles traces d’agression sexuelle, alors qu’une autre procédure vise aussi le frère du suspect, mis en examen dans deux enquêtes pour viol sur d’anciennes compagnes.
Dans notre précédent article sur l’affaire Lyhanna, nous revenions sur la crise politique et institutionnelle déclenchée par la mort de la fillette, avec des interrogations sur le traitement des signalements visant le suspect. Nous expliquions que l’exécutif appelait à attendre les conclusions de l’enquête administrative attendues le 19 juin, tout en voyant gouvernement et Parlement multiplier les pistes de réformes (protection de l’enfance, renforcement des peines) sur fond de débat sur les moyens de la justice.
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