La guerre en Iran ébranle le marché de la dette refuge de 50 000 milliards de dollars
Le marché obligataire souverain mondial, généralement considéré comme un refuge en période de crise, est désormais lui-même sous pression. Les investisseurs intègrent de plus en plus le risque que la guerre autour de l'Iran ne soit pas un choc passager, mais une source d'inflation renouvelée et persistante.
Points forts
- Le marché obligataire souverain des pays du G7 pèse plus de 50 000 milliards de dollars.
- Les rendements à long terme du G7 ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis 2004.
- Le rendement des Treasuries à 30 ans a précédemment atteint 5,12 %, son plus haut niveau depuis 2007.
- La principale source de pression est la guerre en Iran et les perturbations de l'approvisionnement autour du détroit d'Ormuz.
Cet article a été traduit de l'original. Lisez la version originale de notre correspondant ici.
L'inflation refaçonne à nouveau le comportement des investisseurs
Selon Bloomberg, la guerre menée par les États-Unis contre l'Iran a modifié les anticipations sur l'ensemble du marché obligataire souverain des pays du G7, qui pèse plus de 50 000 milliards de dollars. Les investisseurs pouvaient considérer la première poussée d'inflation des années 2020 comme un accident, mais une seconde, après la pandémie et la crise énergétique de 2022, est désormais perçue comme le signe d'une nouvelle réalité.
Une part importante de l'approvisionnement mondial en carburant et en engrais a été perturbée autour du détroit d'Ormuz, ce qui exerce une pression sur les prix dans différents secteurs de l'économie.
C'est pourquoi les obligations ont cessé de se comporter comme une valeur refuge garantie. Lorsque l'inflation semble temporaire, les investisseurs sont prêts à acheter de la dette à long terme. Lorsqu'ils anticipent une hausse continue des prix, ils exigent des rendements plus élevés pour compenser la perte de pouvoir d'achat.
Les rendements sortent de leur zone de confort
Les rendements des obligations souveraines à long terme dans les pays du G7, en particulier celles à échéance de 10 ans ou plus, ont grimpé vers leurs plus hauts niveaux depuis deux décennies et se rapprochent de 5 %. Aux États-Unis, les obligations à plus longue échéance ont été particulièrement volatiles : le rendement des Treasuries à 30 ans a récemment clôturé à 5,12 %, son plus haut niveau depuis juin 2007.
Le marché ne réagit pas seulement à la guerre. La hausse des déficits, la fragmentation du commerce mondial, la course aux armements coûteuse et l'augmentation des coûts des chaînes d'approvisionnement exercent tous une pression supplémentaire sur les budgets publics. Dans ce contexte, les investisseurs exigent une meilleure rémunération même pour la dette des emprunteurs les plus sûrs au monde.
Le nouveau prix de la stabilité
Pour les banques centrales, la situation est complexe. Elles ne peuvent pas rouvrir le détroit d'Ormuz ni rétablir rapidement l'approvisionnement énergétique. Mais elles doivent maintenir les anticipations d'inflation ancrées afin que les entreprises et les consommateurs n'intègrent pas des hausses de prix permanentes dans les contrats, les salaires et les décisions tarifaires.
Des perturbations prolongées à Ormuz pourraient faire grimper les prix de l'essence, accroître l'inflation des consommateurs et limiter la capacité de la Réserve fédérale à baisser les taux. Une hausse des dépenses de défense pourrait également creuser les déficits et faire monter encore les rendements à long terme.
Pour les marchés, cela signifie un environnement plus difficile. Si les obligations ne jouent plus leur rôle habituel de protection, les actions, les devises et les matières premières deviennent plus sensibles à chaque nouveau titre en provenance du Golfe Persique. La question clé est désormais de savoir si le choc inflationniste restera temporaire ou s'il deviendra la nouvelle norme pour l'économie mondiale.
Dans un rapport précédent, nous avons noté que les prix du pétrole augmentent alors que l'Iran durcit sa position sur l'uranium.
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