France, le débat sur le pouvoir d’achat bute sur une crise structurelle du modèle économique
À dix mois de l’élection présidentielle, les promesses de hausse du pouvoir d’achat dominent le débat public malgré un environnement économique jugé durablement contraint. Une tribune estime que cette impasse reflète moins une difficulté passagère qu’un affaiblissement profond du modèle de croissance et de financement du pays.
Points forts
- Selon l’Insee, il faudrait désormais cent trente-sept ans pour doubler le pouvoir d’achat en France contre quinze ans entre 1960 et 1973.
- Depuis 2008, la stagnation du pouvoir d’achat s’accompagne d’une forte hausse de l’endettement public, d’un déficit commercial structurel et d’un sous-investissement étatique.
- Pour soutenir artificiellement le pouvoir d’achat, les gouvernements ont accru la dette publique, profité des faibles taux de la zone euro et accepté la désindustrialisation, affaiblissant les marges budgétaires essentielles.
Diagnostic d’un essoufflement durable
Comme l’écrit Le Monde, le chercheur en science politique Benjamin Brice juge que les engagements des candidats sur les impôts, les salaires ou la relance de la croissance ne peuvent plus être tenus dans les conditions actuelles.Il présente la crise du pouvoir d’achat comme un phénomène structurel. D’après les données de l’Insee citées dans le texte, entre 1960 et 1973, il fallait en moyenne quinze ans pour que le pouvoir d’achat des Français double, dans un contexte de désendettement, d’excédent commercial et de grands investissements publics.
Depuis 2008, ce rythme s’est fortement dégradé, au point qu’un doublement du pouvoir d’achat nécessiterait désormais cent trente-sept années. Cette quasi-stagnation s’accompagne, selon la tribune, d’une hausse marquée de l’endettement public, d’un déficit commercial structurel et d’un sous-investissement pesant sur plusieurs fonctions de l’Etat.
Conséquences pour l’action publique et l’industrie
Le texte relie cette évolution à la poursuite d’un imaginaire hérité des « trente glorieuses », celui d’une abondance matérielle toujours croissante, alors même que la croissance économique ralentit depuis plusieurs décennies.Pour soutenir le pouvoir d’achat malgré cette dynamique plus faible, les gouvernants ont, selon Benjamin Brice, laissé progresser la dette publique, profité des faibles taux associés à la monnaie unique et accepté la désindustrialisation afin d’importer des produits moins chers.
La tribune ajoute que cette stratégie réduit les marges budgétaires de l’action publique. Elle se traduirait par une dégradation de services et capacités jugés essentiels, notamment dans l’hôpital public, l’enseignement supérieur, la défense, la justice et le positionnement technologique du pays face aux défis du XXIe siècle.
Dans notre précédent article sur les données 2024 de l’Insee sur le niveau de vie et la pauvreté en France, nous rappelions que les revenus progressent dans toutes les catégories, mais sans baisse du taux de pauvreté, resté à 15,4 %. Nous soulignions aussi que les inégalités se creusent, tirées par la hausse plus rapide des revenus des ménages les plus aisés, malgré un niveau de vie médian en augmentation au-delà de l’inflation.
Dernières actualités d’Retirement Policies
- Forex
- Crypto